# Un compte X accusé d'avoir utilisé l'IA pour « doxxer » des militants et des recruteurs

> Un patron de cabinet de recrutement est accusé d'être derrière un compte X qui aurait scrapé LinkedIn via l'IA pour constituer une base de données de cibles. Le compte a été désactivé.

- Auteur : Clément Reboul, ingénieur IA (https://clement-reboul.fr/about/)
- Publié le 2026-10-10, mis à jour le 2026-10-27
- Adresse canonique : https://clement-reboul.fr/blog/un-compte-x-accuse-d-avoir-utilise-l-ia-pour-doxxer-des-militants-et-des-recruteurs/
- Thèmes : Cybersécurité, Société et régulation

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## L'essentiel

Tom Watson, dirigeant d'un cabinet de recrutement basé à Worcester, est accusé d'être à l'origine d'un compte X baptisé « Big Time Charlie », selon le Guardian. Le compte, qui comptait près de 50 000 abonnés, a été désactivé peu après que le groupe de campagne Hope Not Hate l'a désigné comme responsable.

Ce compte est soupçonné d'avoir utilisé l'IA pour aspirer des données depuis LinkedIn et d'autres sites afin de constituer une « Traitorbase » — une base de données de personnes ciblées. Parmi les victimes figurent des salariés de la Royal National Lifeboat Institution (RNLI), des militants antiracistes et des dirigeants d'entreprise recrutant des travailleurs noirs, asiatiques et issus de minorités ethniques.

## Les détails

### Un compte au passé raciste

Le compte Big Time Charlie, qui affichait un historique de commentaires racistes, a pris de l'importance ces dernières semaines alors que des membres du personnel de la RNLI étaient harcelés et attaqués en ligne par des militants d'extrême droite, en raison de leur participation au sauvetage de personnes tentant de traverser la Manche sur de petites embarcations.

Comme les publications du compte LinkedIn de Watson, le compte X louait fréquemment le député d'extrême droite Rupert Lowe. Il affirmait aussi avoir fait un don de 2 500 £ au parti Restore Britain de Lowe et avoir rejoint son « Cromwell Club », réservé aux militants versant un certain niveau de don.

### Des cibles identifiées

Chantelle Lunt, conseillère municipale du parti Vert dans le Merseyside, déjà ciblée par l'extrême droite, a porté plainte après la publication de ses informations par le compte. Elle raconte avoir découvert que des détails la concernant figuraient sur un tableur mentionnant d'autres personnes impliquées dans Stand Up to Racism. « Le climat actuel est horriblement mauvais », a-t-elle déclaré, ajoutant qu'il est particulièrement préoccupant de voir ces informations diffusées et des internautes s'en emparer pour s'encourager mutuellement.

Un porte-parole d'une association caritative visée dénonce « une tentative cynique de diffuser de la désinformation malheureusement restée sans contrôle sur les plateformes sociales », visant selon lui à semer la discorde entre communautés et à détourner ces organisations de leur travail. Il appelle les plateformes, les médias et les politiques à sévir.

Des entreprises de toutes tailles ont également été visées : le compte publiait photos et noms de dirigeants censés avoir recruté des salariés issus de minorités ethniques. Un dirigeant concerné qualifie la démarche de « bizarre » et « désagréable », tout en indiquant qu'elle n'a pas entraîné de problèmes pour lui.

### Les liens établis

Watson partage son temps entre le Royaume-Uni et les États-Unis et a fondé Futura Energy Group, un cabinet de recrutement spécialisé qui se présente comme un partenaire de recrutement pour les entreprises opérant dans l'IA. Des archives montrent que le compte Big Time Charlie portait à l'origine le nom de Tom Watson. D'autres éléments le relient à ce compte : des références régulières à Porto Rico, où Futura est basé selon son compte LinkedIn, et des mentions de travail dans le recrutement de profils techniques. Le 20 juillet, le compte indiquait être à Zurich et partageait une photo prise dans l'enceinte de l'hôtel Vitznauerhof ; deux jours plus tard, Watson publiait sur LinkedIn qu'il était en Suisse, avec une autre image prise depuis le même hôtel. Watson a été sollicité pour commenter.

## Pourquoi c'est important

Ce cas illustre un usage de l'IA qui mérite l'attention des équipes techniques : l'agrégation automatisée de données publiques (scraping de LinkedIn et d'autres sites) pour construire des listes nominatives de personnes à cibler. Le pipeline est simple — collecte, croisement, publication — et ne nécessite pas de moyens avancés. Cela suggère que la barrière technique pour ce type d'opération est désormais très basse.

Pour un développeur ou une équipe qui manipule des données de personnes, la question n'est pas seulement technique mais éthique et juridique : la provenance des données, leur finalité et les conséquences d'une publication. À surveiller également, la réaction des plateformes : le compte a été supprimé rapidement après les accusations, ce qui pose la question du contrôle a priori de ce type de contenu. Mon hypothèse est que ce dossier alimentera les débats sur la responsabilité des plateformes face aux données agrégées par IA.

## Source

- [Recruitment boss accused of being behind ‘doxxing’ campaign against RNLI and anti-racism activists](https://www.theguardian.com/uk-news/2026/oct/10/recruitment-boss-accused-of-being-behind-doxxing-campaign-against-rnli-and-anti-racism-activists) · The Guardian
